Samedi 27 février 2010
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Après la présentation de la
version Vertu du mois de
décembre du
calendrier 2010 "Vice & Vertu", voici l'objet de la polémique : la version
Vice !
Petit rappel introductif :
Guillaum èS est un artiste
"colleur et collant", qui sévit sur son blog,
Guillaum-es.blogspot.com. Son pêché mignon est de découper, muni de ses ciseaux, dans des magazines de préférence féminins. Il assemble
le tout, armé de son tube de colle, et ça donne des collages fantasques, surprenants, efficaces.
L'artiste avait choisi le mois de décembre, et nous avait laissé entendre qu'il allait envoyer la purée. Et en effet, force est de constater qu'il a envoyé la purée.
Le mois de décembre nous a valu bon nombre de critiques. Nous assumons ! Nous rappelons simplement que le défi du calendos était de pondre deux versions contrastées de chaque mois. A chacun de
choisir ensuite sa version.
Bien souvent, les créations de Guillaum èS font débat : soit on adore littéralement, soit on déteste viscéralement. Guillaum èS ne veut pas plaire à tout le monde. Son mois de décembre illustre,
à sa manière, le concept recto/verso Vice & Vertu du calendrier.
La voici, la version Vice !
Une profusion de luxure, le Père Noël en plein action, la Mère Noël visitée...
Des regards troublants, des mimiques burlesques, des membres aguerris.
Des visages expressifs, des postures fantasques, des assortiments incongrus.
C'est excessif, c'est de l'hyperbole à tendance pornographique. Et c'en devient drôle. Nous trouvons qu'il a pleinement réussi son coup : le burlesque prend le dessus sur le porno.
Nous avons réalisé une interview de Guillaum èS, aussi décalée que l'est le personnage. On l'a intitulé "Tenter le tout pour le trou". Elle a le mérite de donner davantage vie et consistance à
l'univers particulier de l'artiste !
Guillaum èS, c'est notamment l'auteur du
Gruiiik, fable porcine promouvant l'amour du cochon :

qui illustre la fable suivante, écrite par l'artiste :
"Dogs-Valley, c’est la vallée où les chiens viennent mourir. Vous n’avez jamais entendu, la nuit tombée, des meutes de chiens aboyer à y laisser leurs
tripes? Moi si.
Une légende raconte qu’un ogre qui fume se cache derrière les montagnes de Dogs-Valley pour surprendre la gente canine. Nombre de maîtres en seraient revenus
bouleversés, des cauchemars plein la tête, après avoir vu leur chien se faire croquer tout cru par l’ogre des montagnes.
Personne ne sait réellement où se situe Dogs-Valley. Un vieux sage a dit qu’on pourrait trouver Dogs-Valley en chacun de nous. Que chaque être humain rêvait
secrètement de voir son chien dévoré par un ogre des montagnes. Que Dogs-Valley, c’était la part de violence qui résidait en chacun de nos crânes.
Mais qui doit-on croire? Un vieux sage plein de sagesse, ou les larmes d’un maître affectueux qui, promenant son chien dans les méandres de Dogs-Valley, vit
son animal déchiqueté par les dents féroces de l’ogre des montagnes? Un autre vieux sage dit qu’il serait plus sage de croire les vieux sages. Mais les maîtres de chiens vivent bel et bien la
boule au ventre.
Je ne vous l’ai pas dit mais j’y suis allé à Dogs-Valley. Avec mon chat. à l’époque j’aimais bien le promener tous les soirs à la tombée de la nuit. Nous
étions vraiment complices. Quand mon chat reniflait les herbes sur le bas-côté des routes, j’admirais la lune reprendre ses droits sur l’astre solaire. Un soir, alors que nous venions de
parcourir quelques kilomètres, j’aperçus sur notre droite un sentier que je n’avais jamais vu. Il était assez étroit mais praticable, recouvert de terre fine que les éclats de la lune faisaient
danser. Sans hésitation, nous nous engageâmes sur le chemin. Une manière de briser la routine de nos promenades rituelles.
Ce soir là, nous marchâmes des heures. Puis le sentier déboucha sur une vallée immense. Déjà des cris de chiens parvenaient à mes oreilles, sans que je
puisse les localiser. Je sentis mon chat inquiet, la rétine vibrante. Nous avançâmes quelques mètres, et pûmes enfin contempler l’horreur au milieu de la vallée. Des chiens couraient dans tous
les sens. Les maîtres essayaient de protéger leurs chiens, en vain. L’ogre était là. Gigantesque, comme un immeuble de 5 étages, et large comme deux baraques à frites. Ses deux yeux globuleux
fixaient les proies. La clope au bec, il arrachait les chiens de leurs maîtres et n’en faisait que quelques bouchées.
Un homme passa devant moi, tiré par son chien apeuré, et aboyant lui même plus fort que son animal. Ce jour-là, j’avais eu la chance d’être venu avec mon
chat. Quand l’ogre nous fixa du regard, posté derrière la montagne, il ne s’attarda pas longtemps, et se désintéressa très vite de mon petit félin, avant de poursuivre sa chasse. Tous les chiens
aboyèrent, mais aucune caravane ne passa.
Depuis ce soir sombre, chaque fois que j’entends un chien hurler, je revois cet ogre affamé se jeter sur ces pauvres bêtes, et étouffer leurs aboiements d’un
coup sec de mâchoire. Dogs-Valley, c’est bien la part de violence qui réside en chacun de nous.
èS"
Courrier des lecteurs