Mercredi 18 février 2009 3 18 /02 /2009 02:08

C'est un peu barbare ça, "objets immatériels". En fait, c'est tout con : il s'agit de toutes les choses qui sont à télécharger : musique, vidéos, sonneries de téléphone, documents en PDF (magazines, livres, bédés...), etc. Bref, c'est la continuité de la catégorie "La Maison d'édition", mais version numérique.

Et il convient de s'attarder sur la politique tarifaire que nous adoptons, puisque tout ceci est à prix libre ! En effet, nous allons à rebours des circuits de distribution classiques. Rien de révolutionnaire là-dedans. Mais rare et récent quand même. Et quelque peu osé quand on n'est pas connu.


L'exemple de Radiohead

Cette idée s'inspire directement de l'expérience qu'avait réalisée le groupe Radiohead le 10 octobre 2007.

Un véritable pavé dans la mare à l'époque : ils ont sorti leur album "In Rainbows" avec un modèle économique inédit pour un groupe déjà bien établi sur la scène médiatique. En effet, les internautes étaient invités à télécharger l'album en fixant eux-mêmes le prix du téléchargement. Une première au monde.

Warner Chappel, qui gère les droits du groupe, avait même confirmé à l'époque que Radiohead avait alors gagné plus d'argent avec les téléchargements à prix libres de "In Rainbows" qu'il n'avait gagné au total sur leur précédent album "Hail To the Thief". Et pour cause : Radiohead a "vendu" en seulement 3 jours 1,3 millions d'albums en téléchargement sur leur site. Et au final, la moyenne des paiements a été d'environ 3 euros, chiffre qui inclue la grosse majorité des internautes qui avaient "payé" zéro euro.

Avec un contrat de production classique chez une maison de disques qui prévoit autour de 10% de reversement de royalties, et un cédé vendu en moyenne 16 euros, Radiohead aurait dû vendre 2,5 millions d'albums pour gagner l'équivalent.

L'expérience de Radiohead a donc de quoi faire réfléchir, sans oublier bien évidemment que le groupe bénéficie d'une renommée et d'un aura sans égal. Comme on peut lire par exemple sur le site du magazine Numerama à ce sujet : "Les résultats de Radiohead prouvent en tout cas qu'il est possible de miser sur une formule gagnant-gagnant avec les internautes, et de réaliser des bénéfices conséquents malgré le succès pirate de l'album sur BitTorrent. Le fait que Radiohead était déjà connu a considérablement aidé le groupe, mais ça ne veut pas dire que la formule ne serait pas également payante pour les artistes moins exposés."


Formule gagnant-gagnant   

Nous partons du principe que pour promouvoir efficacement la création sonore d'un jeune artiste, il faut surtout qu'il soit écouté, et qu'il touche le plus large public possible. A ce moment-là seulement il peut trouver "son" public. Si nous mettons en place des téléchargements payants à prix fixes, ce sera l'échec assuré. Alors que si les prix sont libres, une "formule gagnant-gagnant avec les internautes", nous créons d'une part un effet de surprise propice à des échos dans les médias, ce qui favorise donc la médiatisation de l'artiste, et d'autre part nous titillons la curiosité des internautes en osant une telle politique tarifaire.

Bien évidemment, cela est très dangereux, puisque nous nous exposons à des téléchargements en masse à peu d'euro. Mais l'exemple de Radiohead prouve que les internautes ne sont pas forcément des boulimiques du tout-gratuit-tout-le-temps. Bien au contraire, puisque si on leur explique brièvement le pourquoi du comment d'une telle prise de risque, à la fois pour l'artiste et pour l'entreprise puisque nous nous exposons à une quasi absence de rentrées financières, les internautes entendent l'argument et participent à la hauteur de leurs moyens pour une part non négligeable d'entre eux.


Prix libre ne rime pas avec suicide économique

De toute façon, il faut être lucide : on peut tout avoir gratuitement de nos jours par les réseaux Peer-to-peer (P2P). Cet exemple de Radiohead est d'ailleurs révélateur : leur album, alors qu'il pouvait être téléchargé gratuitement sur le site officiel, a connu aussi un immense succès sur les réseaux P2P. D'après l'institut Big Champagne, le jour même de la sortie de "In Rainbows", l'album a été téléchargé 240 000 fois sur les sites de liens BitTorrent, avec ensuite environ 100 000 téléchargements supplémentaires par jour.

Certes le nombre de téléchargements illégaux a été, au final, supérieur au nombre de téléchargements officiels. Mais c'est de toute façon le lot commun de tous les albums aujourd'hui disponibles dans le commerce. Cette anecdote est particulièrement intéressante, puisqu'elle montre que rien, pas même la gratuité, ne peut anéantir les sites de liens BitTorrent sur lesquels de très nombreux internautes sont habitués à télécharger.

Par contre, en trois jours, avec une politique de prix libre sur leur site officiel, les téléchargements de l'album de Radiohead ont malgré tout généré plus de 4 millions d'euros qui sont venus directement dans les poches du groupe, puisqu'ils sont aussi producteur et distributeur. Et les beaux "supports physiques" de l'album (coffret avec deux vinyles et coffret cédé), mis en vente trois semaines après le lancement des téléchargements à prix libre, a été lui aussi un carton alors que le coffret vinyle avoisinait tout de même les 60 euros... Sans parler du cédé classique qui a, lui aussi, connu un franc succès.

Une année après cette expérience inédite de Radiohead, le bilan est d'ailleurs costaud : plus de 3 millions d'exemplaires de "In Rainbows" vendus, 1,75 million en cédés, 100 000 en boîtiers de luxe (coffret vinyle) vendus par correspondance, et le reste en téléchargement.


Faire confiance à l'internaute

Nous ne sommes pas dupes, pléthore de téléchargements ne seront pas loin d'être "gratuits" sur le site de Jackuse. Mais à force de communication intelligente sur notre politique marketing inspirée de l'expérience de Radiohead, et si les créations sonores de l'artiste trouvent son public, alors nous sommes persuadés que l'internaute limitera au fur et à mesure ses téléchargements très bon marché. Car il saura que même en payant une somme qu'il juge modique, il rémunèrera ainsi le talent de l'artiste qu'il apprécie.

Mais ce n'est pas tout ! Nous communiquerons également sur le fait que l'argent provenant de ces téléchargements à prix libre servira notamment à lancer des productions sur supports physiques (cédés et vinyles). L'internaute qui apprécie tel ou tel artiste participera ainsi, à sa manière, à l'activité artistique de "La maison d'édition".

Mettre en place une politique marketing de prix libre, c'est prouver à l'internaute qu'on lui fait une confiance absolue. C'est tisser des liens étroits et complices entre lui, l'artiste et Jackuse. Il en ira de même pour les sonneries de téléphone portable : sur le même principe du prix libre, l'internaute donnera ce qu'il veut. Ces rentrées financières alimenteront également le budget que nous allouerons au lancement d'éditions de supports physiques.


On ne peut pas tromper 1000 fois une personne...

C'est osé, mais nous faisons le pari que cela peut marcher. Mieux vaut avoir une création sonore écoutée 10 000 fois, générant 1 000 euros de rentrées avec 500 téléchargements payants, que d'avoir seulement 250 téléchargements payants à 4 €. Pourquoi ? Parce qu'avec la première solution, la même création sonore a été écoutée au minimum par 10 000 paires d'oreilles susceptibles de revenir sur le site, d'en parler autour d'elles, et d'être des prescriptrices des créations de l'artiste.

Nous faisons même le pari que mettre en place un téléchargement à prix libre pour les objets immatériels est bien plus rentable à moyen terme. L'important est avant tout d'être écouté, vu ou lu par le plus grand nombre, et de pouvoir, par le biais d'une telle politique marketing osée, générer des rentrées destinées par exemple à la production de beaux supports cédés et vinyles.


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Par Jackuse - Publié dans : Jackuse, activités
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